Baloutchistan

Le chapitre décrit la traversée du désert du Baloutchistan en août 1972, un voyage en bus éprouvant où la chaleur, la soif et les tensions religieuses transforment chaque arrêt en épreuve. Le narrateur, déjà affaibli par la fièvre, défie les tabous locaux en buvant le premier à un puits commun, déclenchant l’hostilité des passagers – avant d’être soutenu par des jeunes urbains progressistes, symbolisant le fossé générationnel au Pakistan. Les arrêts pour prières, les mirages, et une nuit glaciale sous la demi-lune ponctuent ce périple entre réalisme magique (caravanes de contrebandiers, douanier ubuesque) et oppression politique.

La frontière iranienne marque un choc : d’un côté, le chaos organique du Baloutchistan (trafics, sables, nomades) ; de l’autre, l’ordre policé de l’Iran du Shah, avec ses barbelés, ses contrôles sanitaires et sa police secrète (SAVAK) qui terrorise jusqu’aux contrebandiers. Zahedan, avec ses prix doublés et son alcool vendu par des Sikhs, incarne une « civilisation » artificielle et raciste, où les Iraniens méprisent les Pakistanais. Le texte mêle observations ethnographiques (le gobelet partagé comme enjeu identitaire) et réflexions sur l’absurdité des frontières, citant Louise Michel pour souligner l’illusion des certitudes religieuses ou nationales. La bière finale, premier luxe depuis des semaines, sonne comme une ironie amère : la « modernité » iranienne n’offre qu’une liberté surveillée.